Morale de l'histoire et enseignement
A l’heure ou j’écris ces mots (24 heures après), même si j’ai relativisé sur notre expérience avec la famille cubaine Potin - Fernandez, je l’ai encore un peu en travers de la gorge (d’où ce ton un peu ironique dans le portrait).
Cependant, je retire de cette expérience une leçon, ou plutôt un apprentissage. Un apprentissage qui avait déjà commencé, et qui se poursuit tout au long de notre voyage.
Les populations que nous rencontrons et dans lesquelles nous nous immergeons sont toutes différentes. Influencées par l’histoire et la politique de leur pays, leurs ethnies et/ou leur religion, ils se comportent conformément à leurs habitudes et traditions. Certaines nous paraitront familières, d’autres moins et parfois étranges ou irréelles. Etranges, car trop différentes de notre éducation pour que nous les comprenions vraiment. En résulte de ce décalage de repères une difficulté de communication.
Les différences se traduisent aussi de manière plus singulière dans le comportement des gens, et se complexifient quand on prend aussi en compte les soi disant positions sociales relatives et les intérêts de chacun. Je ne rentrerai pas trop dans le détail pour ne pas m’y perdre, mais l’exemple de Felix et sa famille pourrait bien illustrer mes pensées.
Delphine et moi, en voyage et curieux de rencontrer des peuples de culture différentes, nous attendons de Felix et sa famille qu’ils nous fassent partager quelques instants de leur vie et nous l’expliquent. Nous ne recherchons pas leur gentillesse ou leur générosité matérielle.
Felix et sa famille, quant à eux, pourraient être eux aussi curieux de rencontrer des étrangers, mais de par leur culture et position sociale, peuvent aussi voir en nous des gens riches susceptibles d’augmenter leur confort ou de réduire leur pauvreté. C’est de ce fait que la relation est ambiguë, puisque de notre côté nous ne savons jamais quelle est la part d’intérêt matériel chez nos ‘nouveaux amis’…
On a toujours envie de croire que des échanges interculturels désintéressés existent et qu’ils s’alimenteraient seulement des valeurs humaines fondamentales, comme l’amitié, le partage ou la générosité sans demande de réciprocité. L’expérience nous a malheureusement montré que les échanges interculturels désintéressés sont rares quand il existe entre les groupes de grandes différences culturelles et de richesse.
En passant du temps avec Felix, en le voyant tout penaud, souriant et sympathique, inoffensif, naïf, je me dis que ses intentions sont saines et purement amicales. Quand il nous emmène dans une cafétéria ou chez un ami qui vend des jus de fruits, je me dis qu'il le fait sans préméditer de nous laisser payer et de se boire des coups gratuits. Mais après l'histoire des sandales en fin de soirée chez ses parents, le doute apparait naturellement et chaque nouvelle situation devient de plus en plus ambiguë. La relation n’est plus naturelle et perd de son charme. Quel dommage!!
Delphine, qui a ses principes et qui s’est sentie déçue puis vexée, en veut à Felix pour s’être comporté de manière abusive. Elle ne retiendra de la relation d’ailleurs qu’un sentiment négatif. La fin de l’histoire noircissant le tableau tout entier.
Pour ma part, je laisse à Felix le bénéfice du doute, et je me dis que finalement, peut être, Felix n’a pas voulu seulement abuser de nous mais aussi partager du temps avec nous, nous aider et nous faire plaisir en nous invitant chez lui. Felix, tout comme ses parents, sont de nature décontractée et sympathique, et qui en tant que bons citoyens communistes ont aussi le sens de l’aide et du partage. Peut être finalement que leurs demandes même incessantes n’étaient qu’une erreur de langage, et que l'opportunité matérielle qu'a impliqué notre présence, somme toute naturelle. Même si notre relation n'était pas parfaite ou dénudée d'intérêt, elle était tout de même intéressante!