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L'Interview
J+400
Interview to be translated soon!
In English
Le point après un an de voyage
24 Octobre 2009
1- Le voyage se passe-il comme vous l’aviez imaginé ?
19 Septembre 2008. Nous nous envolons de l’aéroport de Roissy, survolons la France puis la mer, pour rejoindre la pointe australe du continent africain. Quand allons-nous revoir notre pays natal ? Selon nos plans à J-0, dans 3 ans.

Nous sommes aujourd’hui fin Octobre 2009, à J+400, et un petit peu en retard sur notre programme… Non, nous ne sommes pas perdus, mais avons simplement décidé de prendre un peu plus de temps. Nous avons été englobés par la vie du voyage, dans laquelle nous vivons aujourd’hui pleinement.

Aujourd’hui, plus de 12 mois après le départ, nous faisons le point. Pour faire partager à nos lecteurs notre état d’esprit et notre vision de cette aventure extraordinaire, nous allons répondre ci-dessous à une série de questions dont certaines nous ont déjà été posées par la famille ou des amis. Nous avons répondu à cette interview séparément pour ne pas nous influencer.

QUESTIONS:-
  
Réponse de LAURENT

Malgré plus d’un an de préparation, je dois dire que ma vision de notre voyage avant le départ était assez floue. Encore complètement immergé dans ma vie de city boy à Londres, à courir dans les rues dans mon costard, l’esprit préoccupé à dix milles choses et problèmes à régler, la ‘vie ailleurs’ n’était qu’une image lointaine, un rêve, un film encore inconnu. Notre préparation était en fait plus pratique que mentale : acheter des billets d’avion, se faire vacciner, payer les visas, monter un budget et un itinéraire… A part me voir vaguement passer des frontières ou admirer une vue panoramique du haut d’un clocher, il est vrai que encore trop attaché à ma vie londonienne, je ne ‘m’imaginais’ pas trop le voyage.

Je savais par contre qu’il allait créer une cassure nette dans ma vie, que complètement détaché de mes racines j’allais changer et apprendre sur moi-même. Je voyais donc le voyage comme une occasion de prendre du recul sur mes premiers 28 ans de vie, et de réfléchir à des notions essentielles comme le temps, ma relation avec Delphine, ou le travail. En plus que d’être une aventure de découvertes et de rencontres, le voyage était donc pour moi aussi une source d’enseignement, un moyen de répondre à des questions que je me posais sur moi-même ou bien que d’autres se posaient de manière plus générale, comme ‘un an de voyage change-il profondément une personne ?’, ‘comment réagir face à la misère ?’, ‘y a t-il un risque de prendre trop goût à ‘glander’ ?’…

Je pars donc en voyage excité, prêt à affronter l’inconnu, mais aussi prêt à apprendre, sans trop non plus espérer, me laissant tout simplement aller et vivre au présent.

Pour répondre à la question, je dirai que ‘OUI’ le voyage se passe comme je l’avais imaginé, dans le sens ou ‘oui’ je passe des frontières, admire de belles vues panoramiques, et que ‘oui’ le voyage est en effet un apprentissage. Par contre ce que j’ai découvert est beaucoup plus fort que ces petits préjugés bourgeois d’avant-départ. Le sens du mot ‘voyage’ a maintenant pris pour moi beaucoup plus de profondeur. Dans la suite de l’interview, j’essaierai de vous transmettre au mieux ma pensée, pour que vous aussi, les deux pieds aujourd’hui bien ancrés sur la terre ferme, vous puissiez comprendre la magie du mot ‘voyage’.
Réponse de DELPHINE

D’un point de vue pratique, oui le voyage se passe comme je l’avais imaginé, les sacs sur le dos, les transports locaux, les aéroports, notre vie dans les campings, hôtels, maisons de location, appartements… les rencontres avec les populations locales…

D’un point de vue général, non le voyage ne se passe pas comme j’aurais pu l’imaginer. Je n’ai tout d’abord pas vraiment imaginé ce tour du monde, ayant déjà beaucoup voyagé, j’avais l’habitude de m’organiser, de trouver mon chemin, les connections, l’adaptation, l’aventure et je m’attendais plutôt au pire concernant par exemple le lieu où nous allions dormir chaque nuit.

Mais il y a par exemple des moments bien particuliers que j’avais imaginés autrement ou sous-estimés comme :
  
  • la ségrégation encore très présente en Afrique du Sud entre les blancs et les noirs.
  • Les pires disputes au volant entre Laurent et moi.
  • Les difficultés à travailler avec Laurent sur le site web, je l’ai découvert autoritaire et très organisé et déterminé dans ses objectifs.
  • La découverte de villages zoulous très traditionnels en Afrique du Sud
  • L’extrême pauvreté dans certaines parties de l’Afrique notamment au Botswana, et au Malawi
  • Le mélange de plusieurs religions où tout le monde se côtoie et se mélange sans histoire à Dar El Salaam
  • La richesse des valeurs humaines du peuple malien à Bamako
  • La saleté et le délabrement extrême du train Bamako-Dakar
  • Au Brésil, la magnificence et la magie du Carnaval de Rio de Janeiro
  • L’éblouissement devant la beauté à l’état pur des paysages de la région de Jericoacoara, absolument inimaginable ! Nature vierge, et totalement préservée
  • Les difficultés physiques du mal des montagnes en Bolivie
  • La dureté du régime castriste à Cuba
  • La modernité de la ville de Mexico
  • Le coût de la vie au Guatemala (presque le même que celui de Mexico)
2- Qu'avez-vous appris depuis votre départ ?
Réponse de DELPHINE

Depuis mon départ j’ai appris beaucoup plus de choses en un an qu’en 4 ans passés à Londres (sans trop exagérer) :

D'un point de vue général :
L’importance d’être maitre de ses choix et d’aller jusqu'au bout de ses rêves.
J’ai appris à me donner les moyens de réaliser mes projets, mes envies sans que personne ne puissent les ébranler.
Sur la vie telle qu’elle se passe en Afrique et Amérique du Sud et Centrale et qui reste extrêmement différente de l’Europe.

D'un point de vue humain :
J’ai beaucoup appris sur la philosophie du bonheur en Afrique et particulièrement au Mali.

D'un point de vue matériel :
Tout ce qui est matériel a moins d’importance pour moi par rapport à avant. J’ai appris à vivre sans mes bijoux, mon maquillage, mes belles robes et mes jolies chaussures. Ce qui n’a pas toujours été facile.

Sur Laurent :
Sa persévérance, son positivisme face aux situations délicates. Sa détermination, son excellente organisation au niveau du travail (site web). Son côté autoritaire et un peu dominant que je n’aime pas trop…

Sur moi-même, j'ai appris :
A relativiser et prendre du recul, à rester calme et relax dans certains moments difficiles. A ne plus penser à l’argent et l’importance du business, profits et bénéfices.
A savourer les très bons moments à l’instant présent, les découvertes, chaque journée a son importance, le partage avec la population locale, les sourires que l’on croise sur le chemin.
A vivre loin des êtres qui me sont les plus chers.
A ne pas gaspiller l’eau. A moins ronchonner, à souffrir en silence parfois.
A fusionner mes idées avec celles de Laurent.

Connaissance historiques et géographiques, naturelles et culturelles :
Sur l’histoire de l’Afrique du Sud, les différentes caractéristiques des éléphants, lions, guépards, girafes, rhinocéros et hippopotames et autres animaux d’Afrique.

L’histoire du Lesotho et de Swaziland. Les différentes possibilités de survie dans le désert namibien, la biodiversité et les caractéristiques naturelles de ce pays. Le climat politique inacceptable au Zimbabwe. L’histoire du Malawi, 2ème pays le plus pauvre d’Afrique décimé par le Sida. L’histoire du Mali et du Sénégal et de leurs différentes régions géographiques. Les différentes épices qui puissent exister dans le monde grâce à la visite d’un jardin au cÓur de Stonetown à Zanzibar.

Sur le Brésil, le système des favelas, la culture bahianaise, la religion du Candomblé…
Sur l’Argentine et en particulier Buenos Aires et la Patagonie (faune et flore)
Sur la Bolivie et ses trésors baroques, sur l’histoire des incas avec la visite de nombreux sites en Bolivie et au Pérou. Sur la formation du plus grand désert de sel du monde…
Sur la vie du Che, sur les Farcs en Colombie, sur Cuba d’un point de vue historique, politique et économique.
Sur la fabrication du tabac à Cuba.
Sur l’histoire de Mexico, l’histoire des mayas, sur la fabrication du chocolat à Oaxaca (Mexique).
Sur l’histoire du Guatemala, rites et traditions andines, sur les volcans.
L’extrême importance du bois et de l’eau en Afrique, Amérique centrale et du Sud.
Différentes recettes et plats typiques dans tous les pays que nous avons traversés.
La culture artistique et musicale dans chacun des pays.
Réponse de LAURENT

Dur de répondre à cette question, car j’ai eu la chance de ne pas vivre de véritable ‘mauvais’ moment, tout en ayant vécu une multitude de ‘meilleurs’ moments !

Je dirais tout de même que ma période préférée a été celle passée au Mali, en action de volontariat avec l’association ALAD dans le petit village typique de Kalabambougou. J’ai été très touché par la vie des maliens, de leur culture et de leurs traditions. Nous étions chez eux immergés et très bien accueillis. Les enfants à l’école et dans les rues nous ont comblés d’amour, et les femmes entrepreneurs nous ont laissé pénétrer au plus profond de leur vie quotidienne. J’ai passé au Mali des moments très forts que je n’oublierai jamais.

Les mauvaises expériences se résument souvent aux engueulades que j’ai eu avec Delphine, pour la plupart dues aux galères que nous avons du affronter ensemble. Un défaut de Delphine étant justement de tout rejeter (y compris moi-même) quand elle est énervée, fatiguée ou contrariée, faute de dialogue constructif, les galères dans ces moments deviennent encore plus dures à surmonter. Donc pas de ‘pire’ moment, mais juste quelques petits moments désagréables, même insignifiants par rapport au plus petit des meilleurs moments... D'ailleurs ne dit-on pas 'et pour le meilleur et pour le pire' ?!
Réponse de DELPHINE

Mon meilleur moment… il y en a eu plus d’un, mais celui qui m’a transporté dans un monde totalement inconnu et qui a provoqué de fortes sensations est le paradis terrestre de la région de Jericoacoara dans le Nord du Brésil.
Ce jour là nous avions loué un buggy pour la journée avec chauffeur et nous avons parcouru des kilomètres dans un paysage absolument sublime. La nature est d’une beauté incroyable comme si personne ne l’avait encore touchée ou exploitée. Les paysages sont principalement des étendues de plages jaunes claires à perte de vue avec l’Océan bleu profond, mais aussi des dunes de sable jaunes orangées comme en plein désert qui font face à la mer. Et par endroit, ce sont comme des prairies toutes fraiches bien vertes qui se sont accrochées aux dunes, où ânes et chevaux sauvages broutent l’herbe.
Enfin, ces dunes sont parfois devenues des lagons d’eau turquoise où l'on peut se baigner, ce mélange de bleu, jaune et vert est absolument incroyable. Je n’avais encore jamais vu de tels paysages totalement préservés. On se sent tout petit dans son buggy qui nous donne cette sensation de liberté, les cheveux dans le vent en plein soleil qui illumine le spectacle.

Mon pire moment est bien entendu la séance de torture que j’ai subie à Cuba par une dentiste incapable.
A ce moment là, j'ai un abcès depuis deux semaines et je souffre en silence. Je ne peux plus manger et les dolipranes ne font plus effet, je suis donc obligée de faire ce que je redoutais, direction le dentiste.
La salle est peu rassurante, un peu grise et marron j’ai l’impression que le plafond va s’écrouler, des compresses et cotons sales gisent sur le sol. J’ai l’impression que l’on m’a projetée dans le lointain passé….sans anesthésie et pendant un temps absolument interminable, elle essaiera de me soigner avec sa roulette meurtrière, j’ai l’impression d’être en pleine séance de torture, cris, pleurs, la douleur est absolument insupportable. Je ressortirai avec un pansement qui tombera quelques minutes plus tard, sans antibiotiques et avec la nécessité de voir un autre dentiste sur La Havane une semaine plus tard, qui pour finir me perforera une de mes racines…….l’horreur totale.
3- Votre meilleur et votre pire moment ?
Réponse de LAURENT

Du point de vue personnel, je pense avoir beaucoup appris, même si cela a mis du temps et que l’apprentissage continue encore aujourd’hui !

Premièrement, j’ai appris à me détacher de mon ancienne vie et de mes anciens reflexes, comme par exemple de toujours vouloir optimiser le temps, ou de penser tout le temps au futur au lieu de vivre le présent… Déjà en Afrique du Sud (notre première étape) j’étais préoccupé par le temps qui passait et je pensais déjà avec nostalgie à la fin de notre voyage !! Des traces évidentes de mes vacances trop courtes ces 6 dernières années à Londres (20 jours par an) et de l’omniprésence de mes responsabilités au travail… Mais heureusement trois ans de voyage, c’est long, et forcément on apprend à vivre plus tranquillement, avec le temps. Observer la lenteur de vivre des africains, ainsi que celle de la plupart des sud-américains, comme les andins, cubains ou guatémaltèques, a joué beaucoup en ma faveur. Du coup j’ai appris à réapprécier le temps et vivre au présent, sereinement. Quel bonheur, quel changement ! Il en découle un sentiment de liberté inéluctable, certainement un des plus grands plaisirs de notre voyage.

Sans trop rentrer dans les détails de notre vie de couple, je pense aussi avoir appris beaucoup avec Delphine. 24 h /24 ensemble, face à nous-mêmes, mais sans trop de pressions extérieures, nous avons pu prendre le temps de vivre et apprendre beaucoup l’un sur l’autre. Nous nous sommes évidemment fortement rapprochés.

De par mon éducation scientifique et mon caractère, relativiser pour moi était déjà chose courante. Le voyage m’a cependant fait prendre encore plus de recul. En observant les différentes civilisations et leur manière de vivre, leurs valeurs, leurs préoccupations ou le sens qu’ils donnent à leur vie, j’ai appris à regarder mon ancienne vie occidentale moderne sous un autre angle. Nous sommes sur le papier beaucoup plus riches, mais sommes-nous pour autant plus heureux ? Et bien non, je le confirme, l’argent ne fait pas forcement le bonheur, bien qu’un minimum soit nécessaire pour s’assurer les besoins fondamentaux : manger, s’abriter et s’éduquer.

Je me suis donc rendu compte qu’il y avait sur terre beaucoup plus de gens heureux dans les pays pauvres que chez nous les riches. Je suis aussi persuadé que notre société hyper libérale et sur-consommatrice souffre, dans le sens ou elle n'est jamais satisfaite et constamment en proie à l’échec et l’anxiété. Combien de gens souffrent ou se stressent ‘de ne pas avoir réussi’, ‘de ne pas y arriver’, ‘de ne pas faire mieux que les autres’, ‘de ne pas avoir répondu aux exigences de tel ou untel’… Trop !! Ces douze derniers mois j’ai été impressionné par le sourire de ces pauvres maliens, de leur volonté de partager le peu qu’ils possèdent. Impressionné par le sourire des orphelins du Malawi, pour la plupart atteints du sida et voués à une mort précoce. Impressionné par ces paysans boliviens, qui vivent loin de tout une vie simple, mais sans souci existentiel. Ces habitants du désert de Patagonie en Argentine, ces pêcheurs de la côte brésilienne, ou ces vendeuses de fruits dans les marchés du Guatemala. Tous ces gens ont un point commun : ils vivent avec le temps, sans pression et sans besoin sophistiqué.

Je sais que je reviendrai un jour dans notre monde moderne, et que malheureusement ce dernier sera toujours caractéristique des mêmes fléaux, mais grâce à mon recul je l’appréhenderai différemment, en essayant de me contenter des plaisirs simples et des valeurs humaines fondamentales dont j'ai aujourd’hui réalisé l’importance.

Je dirais d’ailleurs que j'ai aussi appris à vivre plus simplement, et parfois de manière très sommaire. Sans eau, sans électricité, à même le sol, sous la pluie, sans cuisine, sans vin ni saucisson, ou croissant aux amandes… Laver mes affaires à la main, être habillé toujours pareil, être écrasé dans un bus, se sentir sale et pouilleux. Grâce à ces restrictions, j’ai appris à apprécier un minimum de confort !!

Enfin, pendant ces 12 derniers mois, j’ai aussi beaucoup appris sur l’Histoire et les civilisations des pays qui peuplent notre planète. A part le Maghreb, je ne connaissais rien de l’Afrique. Quant à l’Amérique du Sud ou Centrale, c’est la première fois que j’y mets les pieds. Je me suis passionné pour l’histoire de l’Afrique du Sud, l'économie de l’or et du diamant dans toute l’Afrique australe, l’histoire de l’esclavage, des petits villages africains à la maison coloniale du Brésil ou de Cuba, en passant par les plaques tournantes de la traite qu’étaient Zanzibar en Tanzanie ou l’ile de Gorée au Sénégal. La culture brésilienne, l’art et l’architecture de Buenos Aires, la grandeur et la splendeur de la nature, véritable don de dieu (le seul ?), les anciennes civilisations au Pérou, Mexique et Guatemala, l’histoire cubaine et mexicaine… Tant de sujets dans lesquels nous nous sommes plongés, que nous avons revécus grâce à notre voyage, quelle chance!

En voyageant et en s’intéressant à l’histoire et aux particularités des autres, j’ai donc aussi pris conscience que la France et mon éducation n’avaient rien d’absolu. Je ne m’étonne plus qu’on me dise que la France est la capitale de Paris, qu’on y parle américain et qu’on peut s’y rendre en bus depuis Cuba ! Nous ne venons que d’un tout petit point de la planète, que peut être 5% des habitants de la terre réussiraient à localiser sur une carte. J’acquière donc grâce au voyage une vision globale du monde, et un recul pratique et philosophique sur ma véritable nature, mes préoccupations et mes valeurs.
Fin de l'Interview
4- Vous n'en avez pas marre ?
Réponse de DELPHINE

Non, jamais ! Plus le temps passe et plus je me dis que je ne sais pas lorsque je reviendrai en France ! Voila ce qui me distingue d’une simple touriste. Je suis une passionnée des voyages, et surtout une voyageuse – aventurière. Tant que je suis loin de la routine, tout va bien. J’ai besoin d’être en constant mouvement, d’une ville à une autre, d’un pays à l’autre. J’ai toujours beaucoup voyagé grâce à mes parents, puis grâce à mon travail. Aussi lorsque j’avais dix ans je collais des images du monde entier, des diverses populations de l’Inde à l’Afrique en passant par la Chine dans un cahier….je suis une vrai passionnée et donc cela n’aurait pas de sens pour moi d’en avoir marre. J’aime par-dessus tout ma nouvelle vie de nomade, j’aime vivre avec mes valises, j’aime les aéroports, j’aime me retrouver dans de nouvelles contrées aux multiples odeurs et ambiances différentes. Cependant, mes parents, ma sœur, et mes amis me manquent souvent, ceci est le prix de la liberté…
Réponse de LAURENT

Marre de quoi au juste ? Depuis le début de notre voyage, je suis épris d’une sensation de liberté immense qu’il me serait difficile de vouloir me débarrasser. Si au début le voyage ressemblait à des vacances, il est petit à petit devenu un mode de vie et une page à part entière de mon existence. J’ai justement appris à me sentir bien hors d’un cadre sécurisant, c'est-à-dire une maison, un travail, et un entourage proche de famille et d’amis.

Je suis aussi tout à fait conscient de la chance que j’ai de voyager. J’ai certes pris une décision difficile et des risques dans ma carrière, mais j’ai aussi la chance d’avoir eu l’opportunité de réaliser ce rêve. Je me suis rendu compte que 99% des gens que nous rencontrons ne sont jamais sortis de leur pays, voir même de leur région pour ne pas dire leur ville. Ils n’ont donc pas la chance de pouvoir connaitre le reste du monde, les différentes coutumes et histoires des civilisations, la beauté de la nature et de la faune, le partage et la rencontre d’hommes différents. Une chance donc dont je suis très conscient, et qui me pousse à dire qu’il serait dommage ‘d’en avoir marre’.

Quant à l’excitation de la découverte, même si elle est différente de celle du début de voyage, elle est toujours présente et reste le moteur principal de mon envie. Je n’en ai donc pas marre de voyager, et même au contraire, plus je voyage plus ça me donne envie de continuer. Beaucoup de voyageurs vous diront être piqués par le ‘travel bug’. Je n’ai certainement pas échappé au virus. Une fois qu’on a goûté à la magie du voyage, on est contaminé à vie !!!
Réponse de DELPHINE

Je dois avouer que depuis un an il y a peut être eu un moment, lorsque nous avons passé une semaine à Floripa au Brésil, où je me suis sentie un peu trop en vacances, car nous avions passé une dizaine de jours à la mer, sans faire grand-chose….
Mais d’un point de vue général, je me suis habitué à cette vie et je considère qu’après avoir autant travaillé depuis très longtemps, je méritais ces 20 mois un peu sabbatiques où je peux prendre du temps pour moi, du temps pour réfléchir à ma carrière.
C’est plutôt pour moi une période d’apprentissage et d’étude de certains pays, civilisations. Je consacre par exemple beaucoup de temps pour apprendre au mieux l’espagnol, en espérant devenir trilingue. Aussi nous en sommes à notre 3ème projet de volontariat, ceci est loin d’être des vacances !

Enfin, il m’arrive de travailler pour un guide de voyage pour ne pas perdre mes talents de femme d’affaires. Ceci me permet de garder les pieds sur terre et cela rajoute à mon CV une autre expérience professionnelle dans le domaine des affaires et du tourisme.

Je n’ai jamais eu mauvaise conscience de la conséquence de mes choix, j’aime par-dessus tout, la vie que j’ai choisie et je sais que j’ai beaucoup de chance d’avoir pu réaliser ce grand voyage après avoir durement travaillée. Je le mérite bien.
5- N'avez-vous pas mauvaise conscience d’être tout le temps en vacances ?
Réponse de LAURENT

Soyons clair : je ne me considère pas du tout être en vacances. Que ceux qui le pensent se détrompent, car ils n’ont sûrement pas compris la nature et le quotidien de notre aventure. Ou alors peut être les avons-nous trompés ? La réponse à cette question devrait permettre de rectifier le tir…

Je me suis d’ailleurs rendu compte avoir omis un élément de réponse essentiel à la question 2/ de cet interview: ‘qu’avez-vous appris pendant votre voyage ?’. Pour un excessif comme moi, trop friand de désir et de plaisir, j’ai appris pendant le voyage à me restreindre et me priver. Contrairement à la plupart des touristes, nous voyageons ‘à la routard’ et n’avons pour vivre et se divertir qu’un budget minimum. Nous ne nous payons que les excursions ‘à ne pas manquer’ et abordables. Nous n’allons pas au restaurant. Ou quand nous y allons, souvent nous nous partageons un plat (un des moins cher de la liste, bien sûr). Quand je bois une bière, c’est très très rare que je m’en rachète une deuxième. Nous ne choisissons que les logements les moins chers : camping, halls d’aéroport, hostels, et nous acceptons donc des conditions de confort minimales : cafards, poussière, odeurs d’excréments, bruits, matelas pleins de tiques, humidité, espace minimum sous la tente et sous 45°C… Se priver n’est vraiment pas tout le temps facile. Des fois on se sent un peu à l’écart, pouilleux, envieux devant ces touristes qui dépensent presque sans compter. Un peu comme des enfants qui n’ont le droit de regarder qu’avec les yeux et de ne surtout pas toucher !! La privation et les restrictions que nous nous sommes imposés pour voyager plus longtemps nous démarquent donc des autres touristes en vacances.

Un autre point qui m’empêche d’avoir ‘mauvaise conscience’ est le sens actif que nous avons donné à notre voyage. L’expression ‘mauvaise conscience’ n’est d’ailleurs ici pas très appropriée, car dans son sens est finalement très subjective. Bref. Je ne me sens pas glander ni glandeur. Même si mon emploi du temps n’est pas aussi garni que dans le passé, j’arrive à satisfaire mon intellect en restant actif : visites, lectures, rencontres, projets de volontariat, activités, un peu de glande quand même, et beaucoup de travail sur notre site internet. Un projet qui me tient beaucoup à cœur d’ailleurs, qui m’amuse beaucoup et me permet en même temps de prendre du recul et de réfléchir sur mon voyage.

Cette semaine, nous avons vu sur un blog de voyage une phrase qui résume bien nos pensées : ‘Le touriste pense au retour avant même d'être parti ; le voyageur, lui, ignore même s'il reviendra un jour…’

Le voyage sur le long terme, c’est donc une autre philosophie. Ici nous ne tentons pas d’oublier pour quelques temps les soucis du travail, de récupérer des heures de sommeil, ou de se faire enfin beaucoup plaisir. Surtout, nous ne pensons pas au retour, et nous avons donc la chance de voyager l’esprit libéré. Une autre différence, donc, avec les touristes en vacances.

Enfin, je dirais ne pas me sentir en vacances car en contrepartie de ma liberté, je me suis coupé des mes attaches et donc d’un cadre de vie sécurisant. Comme me l’a récemment souligné ma grand mère, j’ai pris des risques certains que beaucoup n’osent pas prendre. Arrêter sa carrière professionnelle, partir loin des siens, ne plus avoir de revenus, voir ses économies diminuer, ne pas savoir ce que le futur sera… Autant de points pas si évidents que cela dont le simple touriste en vacances n’a pas besoin de se préoccuper!!!
6- Regrettez-vous d’avoir arrêté votre carrière professionnelle ? Et le futur ?
Réponse de DELPHINE

Pour mieux comprendre ma réponse je crois qu’il faut replacer le contexte de ma situation professionnelle. Mon choix a été très difficile au mois d’aout 2008, car je suis devenue en un an la meilleure commerciale de toute la société, ceci créant de grosses jalousies lorsque l’on travaille dans un environnement anglophone avec que des anglais, j’étais donc la seule femme et française par-dessus le marché. A l’annonce de ma démission, mes patrons m’ont proposé une nouvelle offre très alléchante, avec de nouvelles responsabilités, de nouveaux voyages et beaucoup d’argent en perspective, qui m’aurait permis de très bien vivre et de m’offrir tout ce que je voulais.

La vie londonienne est extrêmement difficile lorsque l’on travaille dans le monde de la finance et donc de l’argent. Je crois que j’étais arrivée à un point où je ne voulais plus penser à l’argent, aux affaires, au profit, au travail de 8h à 20h. J’en avais marre de supporter la pression quotidienne de mes 3 boss me demandant chaque jour combien d’argent j’allais rapporter. Je n’étais plus Delphine mais un simple numéro qui rapportait beaucoup d’argent à son entreprise. Et de ce fait, j’ai bien réfléchi et la seule chose dont j’avais besoin c’était de faire une petite pause dans ma vie trépidante. Il était important pour moi de réaliser ce qui m’était le plus cher très vite, je n’ai jamais voulu attendre d’être à la retraite. Car pour être honnête je ne sais pas si j’aurai une retraite. J’aime par-dessus tout vivre mes rêves, me donner les moyens de les réaliser, c’est une des merveilleuses choses que la vie puisse offrir. Avoir le courage de tout quitter reste difficile mais une fois que le grand pas est fait je suis aujourd’hui très fière de mon expérience et je n’ai aucun regret.

Quant au futur proche, je suis très heureuse de reprendre mon travail à Sydney, je suis déjà très excitée, j’aime beaucoup l’univers anglo-saxon, et travailler au niveau international est ma spécialité, je sais déjà que je retrouverai un travail, j’ai beaucoup et encore plus confiance en moi ! Ceci facilite bien les choses.

Enfin, dans un futur un peu plus lointain lorsque nous reviendrons en Europe, j’ai déjà plusieurs projets qui me tiennent à cœur et qui peuvent rapporter gros ! Ces projets sont différents les uns des autres et concernent le domaine de l’Art, de l’édition et des voyages type « tourisme responsable ».
Réponse de LAURENT

C’est vrai qu’à Londres j’étais bien parti. Trois promotions en 5 ans, un salaire très motivant, de belles perspectives au sein de la boite pour le futur. J’aurais pu rester, accumuler plus d’argent, me payer une voiture, m’acheter un ipod dernière génération, et faire mes courses le weekend chez Harrods et au marché gourmet de London Bridge. Une autre vie, bourgeoise certes mais pas déplaisante, qui m’accueillait les bras grands ouverts. Renforcée par la contrainte de distance avec la famille et les amis, cette perspective d’avenir était une bonne raison pour hésiter et finalement ne pas sauter le pas.

Avec Delphine dans la même situation que moi, et même encore plus je dirais car elle commençait à toucher le jackpot dans la finance, nous avons donc pris une décision difficile : tout quitter au risque de gâcher notre carrière déjà lancée et se sentir un peu ‘déboussolés’. De revenir de voyage sans rien, et de recommencer une vie au même moment où nos amis seront déjà tous confortablement installés.

Est-ce que je regrette donc aujourd’hui d’être parti, après plus d’un an de voyage et de rupture ? Eh bien non !!!! Je suis trop heureux aujourd’hui pour regretter quoi que ce soit. Au vu de tout ce que j’ai déjà évoqué dans cette interview, il est clair que en plus d’être une formidable aventure, ce voyage nous enrichit indéniablement. En plus des enseignements humains et culturels, j’ai aussi appris de nouvelles langues et appris à développer d’autres skills comme l’écriture, le développement web ou la vente dans le cadre de notre projet avec un guide de voyage.

Certains diront que c’est normal que je me sente bien, que ce sera le retour qui sera dur, la chute, l’atterrissage !! Et bien, il serait mentir de dire que je n’y pense pas, mais je reste de manière générale très positif. J’ai confiance en moi, je connais mes qualités, mon ambition, et je sais que je réussirai d’une manière ou d‘une autre à me repositionner. Je suis de nature optimiste, je sais avoir eu beaucoup de chance dans ma vie et que ma bonne étoile continuera de me surveiller. La vie continue, de nouveaux challenges vont apparaitre, un monde nouveau, différent, mais qui m’excitera tout autant car j’adore les challenges et l’adaptation à de nouvelles situations ne me fait pas peur. J’ai aussi confiance en Delphine et à la puissance de notre union. Cette aventure que nous avons entreprise est une aventure à deux, et comme d’habitude je sais que rien ne pourra nous arrêter !!

Sur ces beaux mots, je vous donne rendez vous en Australie, dans environ 8 mois vers Juin 2010, à J+630 environ, pour une autre interview, cette fois ci en cravate et mocassins que j’aurais depuis troqués contre mes tongs brésiliennes et mon boubou africain…
Réponse de LAURENT et DELPHINE

Nous comprenons pourquoi certains se posent cette question, et surtout ceux qui ont beaucoup voyagé et qui sont partis loin, les voyageurs 'purs' qui savent apprécier leur liberté loin du marketing, du business et du souci de rentabilité.

En ce qui concerne nos dossiers de presse, nous les avons créés pour plusieurs raisons : faire partager notre aventure et nos projets à ceux que ça intéresse, donner du poids à notre site internet qui a maintenant pris une tournure ‘journalistique’, et donc se donner le maximum de chances pour se faire sponsoriser. Le sponsoring est pour nous important, car il nous permet d’alléger nos dépenses et de nous munir d’équipements spécifiques nécessaires à nos familles (i.e. téléphone satellite pour la traversée du Pacifique en voile). Beaucoup de projets se font financer en partie par des alliances de partenariat. Pourquoi pas nous ?

En ce qui concerne notre site internet et la mise en avant de nos aventures, il faut savoir que ce n’est que petit à petit que loladel.com a grandi. Au début, il était surtout un moyen de se forger un souvenir et de communiquer avec nos proches. Grâce au site, nos familles voyagent aussi et le simple fait de partager nos émotions nous rapproche énormément. Au fil du temps nous avons aussi pris goût à écrire, et réfléchir à nos expériences nous permet aussi de prendre du recul et mieux analyser ce changement de vie.

Il faut aussi comprendre que notre voyage est particulier, et diffère par exemple des voyages typiques TDM où les voyageurs savent toujours à quelle date ils vont rentrer. Nous n’avons pas les mêmes perspectives, pas les mêmes contraintes de temps. Nous sommes partis pour longtemps (3, 4, 5 ans?), et avons organisé notre voyage comme un type de vie plutôt qu'un itinéraire de visites. On voyage, on découvre, mais aussi on travaille, dans des missions de volontariat, pour un guide de voyage et maintenant sur ce projet média.

Nous avons aussi saisi l'opportunité d'être sédentaires pendant deux mois au Guatemala pour prendre le temps de travailler. Pendant ces treize derniers mois de voyage, étant tout le temps ‘en vadrouille’, il aurait été impossible pour nous de réaliser un tel projet !
 
Enfin, je pense que notre nature de 'business people' que nous nous sommes forgés dans la city de Londres n'y est pas pour rien. Démarcher nous amuse et nous avons saisi l'occasion quand elle est survenue. Delphine est une spécialiste de la vente et de la public relation, et moi j'adore conduire le projet et l’idée de relever le challenge.

Tout cela ne nous empêche pas non plus de nous sentir libres et heureux, ni même de nous enrichir personnellement ou de tout simplement profiter du temps. Malgré le récent boost médiatique de notre projet, nous continuons de nous émerveiller, de nous immerger, d’apprendre, et de partager milles et unes choses avec tous les gens que nous rencontrons!!
7- Pourquoi vouloir détourner le meilleur vecteur de l'enrichissement personnel, le voyage, en un produit marketing ?