Douze heures après le départ, en pleine nuit, un événement brutal baigné d’un sentiment de déjà-vu s’abat sur nous. Depuis ma cabine, j’entends des voix, de l’agitation. Je sors pour voir ce qui se passe, et j’entends des paroles qui m’assassinent. Le safran auxiliaire vient de péter. Le capitaine crie demi-tour, on retourne à Panama, cette fois ci je fais le travail de réparation moi-même et j’ai besoin de UN MOIS… Avec Del il ne nous faut pas longtemps pour comprendre l’impact de ce nouvel événement dans nos projets... l’aventure TRANS-PACIFIQUE est finie.
L’esprit en détresse je prends mon quart de nuit. Del s’en va dans la cabine dormir. Les deux heures suivantes j’essaie de garder mon esprit déconcentré pour ne pas déprimer, mais je n’y arrive pas. Je me dis que nous sommes maudits, que vraiment nous n’avons pas de chance, que tous nos efforts ont été vains. Que les deux mois que nous venons de passer à Panama à aider, faire le carénage, attendre, absorber les frustrations, attendre et attendre n’auront finalement servis à rien… Derrière s’écroulent 6 mois de préparation, de rêve et d’excitation…
Le lendemain, je me lève le moral à zéro. Le bateau avance toujours, sur le chemin du retour. Nous atteignons les iles Perlas vers midi, jetons l’ancre avant que tout le monde aille se recoucher, épuisés moralement.
Trois jours plus tard, le samedi 13 mars, après avoir papillonné sans motivation dans l’archipel des Perlas, nous sommes de retour dans la baie de Panama, sur le mouillage de la Playita, face à la grande muraille grise des tours du centre ville.
Le moral est encore très bas. Delphine a beau me dire que tout va bien, nous sommes en bonne sante etc. etc., mais rien n’y fait je n’arrive pas à rejeter ce sentiment d’échec qui m’envahit.
Pendant un certain temps, j’ai cru que ma bonne étoile m’avait quitté.
Nous nous donnons une semaine pour réfléchir à la suite des événements. A contre cœur nous regardons les prix de billets d’avion, les différentes options d’itinéraire. Bientôt nous nous faisons vite à la raison que la Polynésie en routard, ce n’est pas possible. Pour voyager en Polynésie, entre Tahiti, les Marquises et les centaines autres iles et atolls, il faut être soit sur un bateau soit plein aux as. Nous arrivons à accrocher un marin qui pourrait nous embarquer de Tahiti vers la Nouvelle Calédonie, mais qu’à partir de fin juillet. Le billet d'avion pour Tahiti coute cher, et qu’allons nous faire avant juillet ? Hors de question de rester en Amérique Centrale, nous voulons tourner la page !!!
Il ne nous reste plus qu’une option : prendre l’avion pour la Nouvelle Zélande, y séjourner un petit temps avant de rejoindre Nouméa et la famille, puis reprendre le boulot en Australie plus tôt que prévu.
Bye bye donc à notre rêve de bateau, de mer, d’immensité, de liberté… Bye bye la Polynésie, les atolls, les perles, les poissons, les polynésiens…