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CHAPITRE 6 : Faux départ vers les Galápagos : l’incident et le retour à Panama

L'Expédition / Trans-Pacifique / 'Chapitre 6'

Du jeudi 18 février au dimanche 21 février 2010

Le gratin de papaye au coco avec racines d'ignam (au moment du dejeuner)

Extraits du carnet de bord de Laurent



Samedi 20 février 2010


13h45 : Je suis installé debout dans la 2ème marche de la descente, dans la timonerie. Aujourd’hui, c’est moi qui navigue ! Ma première navigation est facile puisque nous avançons intégralement au moteur. Les voiles sont affalées, nous recevons le vent en plein dans le nez. Je m’entraine à relever les points sur la carte, calculer les caps, régler le pilote automatique, calculer les distances, vitesses et temps de navigation. Nous naviguons déjà depuis 7 heures, et avons encore devant nous de nombreuses heures. Heureusement bientôt le courant de marée va se renverser et nous pousser vers Panama. Il fait chaud, très chaud, le ciel est sans nuage, le soleil presque à son zénith.


[Vendredi 19 février 2010]


13h45 : Le moral n’est pas au top, pour ne pas dire très bas. Au lieu de s’éloigner des côtes pour gagner la haute mer, déjà depuis plus de 17 heures nous naviguons sur le chemin du retour… Alors que nous nous apprêtions à sortir du Golfe de Panama et nous diriger tranquillement vers les Galápagos, un événement a chamboulé notre première étape de traversée et nous a contraints à faire demi-tour, pour retourner … à la case départ.


[Jeudi 18 février 2010]

                    

13h00 : Nous levons l’ancre depuis le rio Cacique, notre dernier mouillage dans le sud des iles Perlas. Nous avons de la chance, le vent souffle fort (force 7) et nous permet de bien avancer dans une allure portante au grand largue. Ca souffle d’ailleurs tellement bien que nous partons directement avec un ris dans la grand voile et quelques tours dans le génois (réduction de voilure). Des conditions idéales pour notre grand départ vers l’équateur !

Au bout de deux heures de navigation, les iles Perlas ne ressemblent plus qu’à des masses floues à l’horizon, à nous la mer, à nous les Galápagos !! Je suis excité à l’idée d’enfin me lancer en mer, quitter le Panama et vivre les longues journées sur l’eau dans le bateau. Devant nous, nous avons entre 7 et 10 jours de mer, au bon vouloir des vents et courants.


La mer, au début calme puis un peu plus agitée, commence à prendre des formes plus prononcées. La distance à la côte s’allonge, et du coup les vagues plus amples. Le bateau grimpe, glisse, roule et tangue un peu, et il faut toujours s’accrocher pour garder son équilibre. Baigné dans l’excitation du départ, je reste assis sur le pont à regarder la mer et l’horizon, laissant voguer mon esprit à se remémorer des moments de ma vie, se réjouir des plans futurs ou bien de tout simplement savourer le présent. Je ressens alors une sensation intense de liberté. Quel bonheur !

15h30 : Delphine sort de sa sieste de deux heures (comment a-t-elle fait pour dormir avec tous ces mouvements ?), vient me rejoindre sur le pont avec les plis de la taie d’oreiller encore imprimés sur son visage. Pas besoin d’essayer de lui faire partager mon humeur, car un gros banc de raies se met soudainement à faire le spectacle devant nous. Sauts périlleux, doubles sauts périlleux, vrilles arrières, les raies volantes sautent à tue tête et s’en donne à cœur joie. Après les dauphins et les baleines rencontrés aux Perlas, la mer nous dévoile encore un autre échantillon de ses plus beaux secrets.


18h30 : Malheureusement, quelques heures plus tard, c’est un autre visage que la mer va nous montrer. Le soleil disparait doucement à l’horizon et emporte avec lui toutes ses couleurs. La lumière tombe, mes éclats de bonheurs s’évanouissent progressivement pour n’appartenir qu’au passé. La mer s’agite de plus en plus, le vent forcit. Le bateau roule et secoue, on commence  à se faire mouiller le pont par les vagues. Poussé par un vent frôlant la force 8 et un bras du courant de Humboldt, le Tin Hao dépasse les 8 nœuds de moyenne. La vitesse du bateau et ses mouvements engendrent une multitude de nouveaux bruits. De la marche de la descente qui grince aux haubans qui sifflent, en passant par la vaisselle qui cogne, on a définitivement changé d’ambiance et de mode de route. Devant nous s’annonce les quarts de nuit, la navigation dans l’obscurité … the dark side of the moon ! J’exagère un peu mais cette première nuit de navigation sera bien à cette image. Le jour et la nuit. Les couleurs et la pénombre. L’ivresse du bonheur et la souffrance !!

20h00 : On abandonne l’idée de manger des pâtes, le bateau bouge trop pour cuisiner. Au menu de remplacement, tartines au fromage. Avec Delphine, nous n’avons même pas le temps de nous en faire une, puisqu’au moment de descendre de la timonerie, c’est nous qui nous rendons compte que le GPS débloque soudainement : on passe de 8.5 nœuds à 5 nœuds en quelques secondes, et le cap dévie brutalement de 50°.

Jacques sort de suite sur le pont, et muni de son harnais va vérifier le régulateur d’allure à l’arrière du bateau. On entend rapidement un ‘ohhh mer&*, p£t$#! *&^%$ … *&^ !!£’ (un sorte de tonnerre de Brest de mille milliards de mille sabords) qui nous fait comprendre tout de suite que quelque chose ne va pas. Diagnostic final : le safran auxiliaire est cisaillé. La présence d’un câble nous fera penser qu’on s’est malencontreusement pris un filet de pêche, illégalement posé puisque qu’aucun signalement ne le prévenait.


20h30 : Après réflexion, le capitaine décide de faire demi-tour. Même si le pilote automatique pourrait nous économiser de barrer pendant 8 jours avant d’atteindre les Galápagos, nous ne pouvons pas trainer derrière nous le safran arraché. Demi-tour vers Panama, donc.

20h40 : S’en est suivi une longue nuit dans une mer houleuse et agitée, un vent parfois violent qui nous a fait réduire la voilure au 3ème ris et beaucoup de tours dans le génois. On remonte le vent, au pré-serré, dans un bateau en gite et pas mal secoué. Sur le pont, dans la pénombre de la nuit et baignés dans cette ambiance mouvementée, Jacques et moi devons manœuvrer. Réglage des voiles, rangement du système de couplage du safran auxiliaire, notre première navigation de nuit est riche en action !


Delphine et Sylvie sont allongées dans le carré pour essayer tant bien que mal de faire passer un soudain mal de mer. Bien que jusqu’alors j’arrivais à bien me contenir, je craque et je vais vider tout mon déjeuner dans l’évier (gratin de papaye au lait de coco). Sylvie se rappellera de mon soudain ‘euh… excusez moi, mais je crois que je vais vomir ’, lâché un quart de seconde avant d’agir. Je ne voulais pas forcement être poli, mais les voyant toutes les deux lutter sur leur banquette, je préférais les prévenir tout en sachant que me voir malade n’allait surement pas arranger leur sort. Ca n’a pas manqué d’ailleurs, puisque Sylvie y passera un peu plus tard et Delphine pendant son quart. Heureusement que notre capitaine Jacques est solide et là pour gérer !!

21h00 – 23h00 : Delphine assure son quart de nuit, épaulée par Jacques qui reste allongé en veille dans le carré. La surveillance des alentours est relativement facile, car nous avons le radar allumé. N’étant pas loin de la sortie du golfe et sur le chemin vers le canal, on croise quelques bateaux, heureusement de loin. Pas besoin de manœuvrer.


23h30 : Alors que je pensais ne pas dormir, Delphine me surprend dans la cabine pour m’annoncer que 23h30 a sonné et que c’est à mon tour de prendre la relève. De 23h30 à 2h00, je dois assurer mon quart de nuit. Encore un peu nauséeux je rejoins la timonerie et me fais briefer par Delphine sur les bateaux aux alentours. Je sors prudemment dans le cockpit pour jeter un coup d’œil à l’horizon. La mer est toujours aussi agitée, le vent souffle encore fort. Dans mon état de faiblesse je n’arrive pas à apprécier la beauté du ciel étoilé et des remous de planctons fluo que crée le bateau dans sa percée.


23h59 : J’allume ma lampe frontale pour faire un point sur la carte. L’effort de concentration que je fournis dans cette tâche m’est fatal : je retourne à l’évier pour vomir ce qu’il me restait dans l’estomac.


[Vendredi 19 février 2010]


00h05 – 02h00 : Les deux heures suivantes se passeront bien, je récupère petit à petit et j’arrive presque à savourer le sauvage de la nuit et de la mer. A 02h00, je réveille Jacques, lui fait mon compte rendu puis file direct dans ma cabine.

08h00 : A peine réveillé, je sors sur le pont rejoindre tout l’équipage. Delphine est déjà levée depuis 7h00 pour assurer son quart de jour. La mer s’est calmée, le vent aussi. Je grignote un biscuit sec, mais pas question de boire un café. Je me sens un peu comme un zombie, une sorte de gueule de bois alors que je n’ai pas bu une seule goutte. Que la mer est cruelle !!


8h15 : Alors que Delphine retourne dans la cabine pour dormir, je reste sur le pont, seul, avec la mer. Elle aurait pu avoir le même charme qu’hier et me faire ressentir ces effluves de bonheur et de liberté, mais aujourd’hui, c’est différent. Le moral n’est pas au top, je suis déçu, un peu désillusionné face à ce demi-tour, ce retour à la case départ.


14h30 : Nous arrivons au mouillage du rio Cacique, iles Perlas, vers 14h30, soit 25h30 après l’avoir quitté. Nous avons mis 18 heures à recouvrir ce que nous avions parcouru en 7 heures et demie !! Bien que crevés, on démonte le safran et l’amarrons sur le pont. Les plaques de contreplaqué époxy ont bien été sauvagement cisaillées. Pas de doute, il faut réparer le safran dans son intégralité.

[Samedi 20 février 2010]


06h45 : On lève l’ancre, et quittons notre mouillage du rio Cacique, avec le safran et son fletner déchirés bien amarrés contre le balcon. Direction la ville de Panama à environ 70 milles, que nous atteindrons le lendemain à 4h30 du matin.


07h00 – 24h00 : Malgré le coup de blues de la veille et la sensation de retour à zéro, j’apprécie beaucoup cette journée de navigation. Jacques m’a confié les commandes du bateau, c’est moi qui navigue !


La mer aujourd’hui s’est montrée plus docile, pus belle, et j’arrive à me réconcilier avec elle. Quand le vent commence à se lever en fin de journée, on hisse les voiles pour filer à 5-6 nœuds au pré-serré. Le ciel est parsemé d’étoiles, la lune est souriante. Le plancton crée une auréole fluo tout autour du bateau, comme pour nous protéger. On voit même un feu d’artifice, au loin, à l’horizon !

[Dimanche 21 février 2010]


4h30 : Le bruit du guindeau et de la chaine qui déroule me réveille. On est arrivé à Panama. Au programme, 2-3 semaines de réparations, et de l’attente. Beaucoup d’attente.


Que j’ai hâte, que j’ai hâte, que j’ai hâte de repartir en mer !!!!

Del à la barre sur le retour vers Panama